Royaume-Uni – 21c

Contexte

Le Royaume-Uni possède plusieurs acquis qui pourraient servir d’exemple à l’étranger. Depuis 2014, son économie s’est rétablie au rang qui précédait la crise [1] devenant aujourd’hui troisième dans l’UE, après la France et  l’Allemagne. Le taux de chômage est au plus bas (4,3%) [2] et une croissance post-référendum est en train de se stabiliser, à l’inverse des prédictions post-Brexit [3]. D’autres indicateurs, tels que le taux de chômage des jeunes [4] et leur inclusion sociale montrent [5] que le Royaume-Uni se situe au-dessus de la moyenne de l’UE, avec des performances socio-économiques globalement positives.

Mais dire que tout va bien au Royaume-Uni serait un euphémisme. Premièrement, la population vieillit. En 2016, 18% des habitants étaient âgés de plus de 65 ans contre 14,2% en 1976. Le nombre de personnes en âge de travailler (16-64 ans) a stagné depuis cette période, mais la première tranche d’âge (0-16 ans) a connu un déclin notoire, passant de 24,5% en 1976 à 18,9% en 2016. Du fait de cette évolution démographique, le taux de dépendance des personnes âgées, calculée par ratio du nombre de personnes âgées sur celles en âge de travailler, n’a cessé d’augmenter pour atteindre 28,5% en mi-2016 [6].

Au-delà de l’aspect démographique, le fossé générationnel touche également la politique, à l’image du Brexit. La décision de quitter le bloc a subi le plus de réticence de la part de la population la plus jeune, avec 75% des électeurs âgés de moins de 24 ans qui ont voté contre [7] Les études menées à la suite du résultat du référendum ont révélé que les jeunes se disaient très préoccupés par les pertes issues du vote, notamment sur l’image d’une Grande-Bretagne tolérante et multiculturelle [8]. Les revendications de type «ils volent notre avenir» étaient fréquentes sur les réseaux sociaux [9] et bien que d’autres facteurs soient également en jeu (classe sociale, niveau d’éducation, zone géographique), les résultats ont montré que selon la tranche d’âge, les visions étaient radicalement différentes au sein du Royaume-Uni.

Challenge

Le sentiment de trahison s’est ajouté à une désillusion politique qui a tourmenté le pays pendant des années. En 2009, la Youth Citizenship Commission a constaté que 82% des jeunes au Royaume-Uni n’accordent pas leur confiance aux politiques quant à leur prise de décisions, et 76% d’entre eux jugent qu’il est impossible d’influencer les décisions du gouvernement[10]. D’autres enquêtes ont confirmé cette impression de méfiance. Dans un sondage mené par YouGov, 48% des jeunes interrogés ont déclaré être mal représentés par le système politique et seulement 13% affirmaient l’inverse[11]. Dans une enquête menée par le British Youth Council (BYC), seulement 8% sondés soutiennent que les politiques avaient pris conscience des préoccupations des jeunes et des problèmes qui affectent le plus leur vie[12].

Les causes de cette méfiance ne sont pas méconnues. Si l’on prend le cas des frais de scolarité,  on s’aperçoit que plus de 1000 candidats aux élections de 2010, y compris les 57 députés libéraux-démocrates élus par la suite, se sont engagés à ne pas les augmenter [13]. Mais à la suite des élections, le gouvernement a autorisé des plafonds plus élevés à leur propos. Résultat: le coût de l’enseignement supérieur est passé de trois à neuf mille livres par an. Parmi ceux qui ont voté pour, 27 étaient des libéraux-démocrates, y compris le chef du parti et le vice-premier ministre de l’époque, Nick Cleck.

Cela a conduit à des manifestations étudiantes à échelle nationale, faisant chuter la popularité d’une grande partie des libéraux démocrates aux yeux des  étudiants.

Solution

Le scepticisme anglo-saxon a constitué une partie des opérations d’#ask au Royaume-Uni. Le projet pilote a débuté en 2016 pour combler le fossé entre les jeunes et les politiques  par le biais des réseaux sociaux. Les jeunes sont souvent considérés comme des «natifs du numérique» et attendent un meilleur engagement numérique en ligne de la part des politiques. Les données de l’enquête BYC corroborent ce point de vue. 60% des sondés ont déclaré que les politiciens devraient engager les jeunes dans la politique en utilisant les réseaux sociaux à des fins de campagne. 36,6% attestent que, pour accroître l’engagement des jeunes en politique, les politiques devraient parler de leur travail sur Twitter, mais également en tenant des blogs  (30%) et faire de la vidéo-blogging (30,8%)[13].

Twitter est une plate-forme adaptée pour le pilote britannique d’#ask. Sur les 650 députés, 582 (90%) possèdent un compte Twitter. Des centaines de tweets sont publiés par jour, avec des comptes qui atteignent centaines de milliers et même des millions de followers[14] pour certains. Twitter dénombre moins d’utilisateurs que Facebook, mais il est plus populaire que d’autres réseaux sociaux tels que LinkedIn ou Tumblr, utilisés par 44% des 16-22 ans[15].

Les opérations #ask sont effectuées sur la plateforme qui utilise l’API Twitter pour accéder aux données du réseau social. Trois personnes formées étaient aux commandes du pilote britannique depuis sa date de mise en marche en 2017. Il était d’abord question de s’assurer d’avoir suffisamment de données pour stimuler les conversations entre jeunes et politiques. Les responsables ont par la suite recherché les utilisateurs sur Twitter et ont ajouté à la plateforme ceux qui répondaient aux critères prédéfinis, une tâche qui a été répétée pour atteindre l’objectif minimum chez les jeunes (1 500) et les politiques (300), qui a été atteint. Une fois l’utilisateur inscrit sur la plateforme, il nous est possible de suivre son activité, ses messages et publications auxquelles il a interagi. Nous avons également été en mesure d’analyser les sujets d’actualité en tapant un mot-clé dans le champ de recherche, gérer les utilisateurs en mettant à jour leurs métadonnées, voir les statistiques d’engagement, et bien sûr, lire et créer des conversations.

1.1.1.4    Résultats

Depuis son lancement, ASK UK a engagé des centaines de jeunes à interagir sur Twitter avec des politiques de différents niveaux niveaux (local, régional, national, européen). Les publications (plus de 600) portaient sur des sujets variés, dont celui de la santé, de l’égalité des genres, de l’éducation, de la participation politique, du volontariat, d’environnement et de Brexit. Les questions d’actualité ont directement été identifiées par hashtags sur la plateforme ASK afin de ne rater aucun évènement majeur (#GE2017, #vote16, #unpaidinternships, ou encore #CambridgeAnalytica). 23,5% des publications ont apporté des réponses de la part des jeunes, des décideurs ou d’un groupe de tiers.

Nous avons récolté davantage de réponses de la part des jeunes que des politiques. Sur le total des réponses, seulement 10% d’entre elles ont été apportées par les politiques. Le reste est réparti entre les jeunes et les groupe tiers (associations, collectifs de jeunes). Les jeunes sondés ont quasiment tous souligné la pertinence de Twitter en tant qu’outil de communication avec les politiques, mais aucun d’entre n’espérait un réel impact politique. Beaucoup d’entre eux souhaitent une meilleure interaction avec les politiques, que ce soit un like, un commentaire ou un retweet. Qu’il y ait un retour, en quelques sortes. «Je serais très heureux parce que cela montrerait de la reconnaissance envers moi et cela pourrait m’impliquer à travailler davantage sur la question” rapportait l’un d’eux.

Sur les 14 personnes qui ont donné leur avis en ce concerne les atouts de la plateforme:

  • 9 affirment à propos de ASK que le projet leur a permis développer leur e-participation via Twitter
  • 8 utilisent la plateforme pour intepermeller directement les politiques locaux et européens.
  • 6 estiment qu’il s’agit d’une bonne occasion pour faire du networking avec des jeunes à échelle locale et européenne sur des sujets liés à l’e-participation
  • 5 soutiennent que le projet les a aidé à motiver et engager d’autres jeunes dans la participation en ligne.
  • 3 soulignent avoir eu des débats interactifs sur Twitter.

Les données qualitatives fournies par les participants confirment l’intérêt porté au projet Ask y compris sur des plateformes autres que Twitter. Un jeune affirme : « Ce qu’a réalisé ce projet est formidable, j’espère que ce travail se poursuivra et amènera les jeunes à parler davantage aux politiques, jusqu’à la création d’une chaîne de discussion sur YouTube. “

Certains utilisateurs ont affiché un soutien plutôt sobre :«J’aime ce que vous faites, continuez», d’autres ont manifesté un engagement manifeste, presque de bénévole. « J’ai vraiment apprécié participer au projet Ask et à ses contributions. Je pense qu’il a besoin davantage de temps. Je lui souhaite d’aller plus encore plus loin.”

Un réel sentiment de satisfaction ressort des avis des jeunes interrogés, voyant en Ask un outil important de dialogue avec les politiques à travers la participation en ligne. Pour être plus efficace, l’activité doit selon eux se poursuivre, la participation en ligne n’ayant pas encore atteint son plus gros potentiel. A l’image de cette réponse: «Excellent projet, je pense qu’il faut travailler dans la durée, car nous commençons à mobiliser le débat.

[1] https://www.ft.com/content/bad33d56-13d5-11e4-8485-00144feabdc0

[2] https://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peoplenotinwork/unemployment

[3] https://www.theguardian.com/business/2017/dec/31/uk-economy-in-2018-steady-growth-tempered-by-brexit-politics

[4] http://ec.europa.eu/eurostat/web/macroeconomic-imbalances-procedure/youth-unemployment-rate

[5] http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Statistics_on_young_people_neither_in_employment_nor_in_education_or_training

[6] http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Statistics_on_young_people_neither_in_employment_nor_in_education_or_training

[7] https://www.theguardian.com/politics/2016/jun/24/meet-the-75-young-people-who-voted-to-remain-in-eu

[8] https://www.express.co.uk/news/uk/867816/Brexit-youth-vote-EU-referendum-age-breakdown-elderly-European-Union-study

[9] http://www.bbc.com/news/magazine-36619342

[10] https://www.liverpool.ac.uk/politics/research/research-projects/youth-citizenship-commission/

[11] https://yougov.co.uk/news/2014/10/29/political-disaffection-not-new-it-rising-and-drivi/

[12] http://ukya.org.uk/wp-content/uploads/2016/11/UKYA-Research-Report-Erasmus.pdf

[13] http://ukya.org.uk/wp-content/uploads/2016/11/UKYA-Research-Report-Erasmus.pdf

[14] https://www.mpsontwitter.co.uk/

[15] http://www.emarketer.com/Chart/Social-Media-Platforms-Used-by-UK-Internet-Users-by-Age-Sep-2017-of-respondents-each-group/212173